Plongée au cœur du pergélisol : expériences inédites au Québec

  • Dernière modification de la publication :16 février 2026
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Entre le 20 et le 24 octobre 2025, Marianne Font-Ertlen, enseignante-chercheuse de l’UFR des Sciences, et Rémi Lambert, assistant ingénieur en instrumentation et techniques expérimentales du laboratoire M2C, ont pris la direction du Laboratoire hydraulique environnemental (LHE) de l’INRS au Québec pour un séjour scientifique hors du commun.

Accueillies par Jacob Stolle et Jérémiah Clément, doctorant en co-tutelle UNICAEN-INRS, ces cinq jours ont été l’occasion de réaliser des expériences sur la dégradation des blocs de pergélisol 1 par les vagues dans un canal à houle, plus petit que celui du laboratoire M2C de Caen, mais tout aussi riche en enseignements.

Trois expériences, un défi relevé

L’objectif était clair : observer comment des blocs de pergélisol sableux, fabriqués en chambre froide, réagissent à l’action des vagues.

Trois expériences ont été menées en cinq jours, un défi relevé grâce à l’enthousiasme et la collaboration des équipes canadienne et caennaise.

Plusieurs dispositifs techniques ont rendu ces expériences possibles :

  • Les semelles réfrigérantes2, placées à la base et à l’arrière des blocs, ont limité la dégradation périphérique passive, conservant la structure du bloc plus longtemps.
  • Le système de mesure de la hauteur d’eau s’est montré simple à configurer et calibrer.
  • Les capteurs i-buttons3, intrusifs mais non câblés, ont facilité l’installation des blocs dans le canal et simplifié le suivi des températures.
  • Enfin, la caméra thermique, installée en surplomb, a permis de suivre en temps réel les échanges thermiques entre l’eau, le bloc et l’air, un outil précieux pour l’analyse des processus physiques.

Chaque expérience a permis de collecter des données essentielles pour compléter les lois d’échelle des processus observés à Caen.

Comprendre les pergélisols pour mieux anticiper

Ces travaux ne sont pas seulement techniques : ils répondent à un enjeu majeur du XXIᵉ siècle. La dégradation du pergélisol en zone côtière, accélérée par le réchauffement climatique et la montée du niveau de la mer, menace les infrastructures et les communautés littorales. Comprendre les mécanismes physiques qui régissent cette dégradation permettra d’anticiper et d’adapter les territoires concernés.

Vers une école d’été internationale

Au-delà des expériences, l’équipe a commencé à réfléchir avec Jacob à l’organisation d’une école d’été sur l’adaptation des territoires côtiers aux changements globaux, en projet de soumission auprès de l’Institut de France-Québec Maritime (IFQM) à l’automne 2026. Cette initiative vise à renforcer la collaboration scientifique internationale et à former les futur·es chercheur·es aux enjeux liés aux pergélisols et au changement climatique.

Remerciements

Marianne et Rémi remercient l’université de Caen Normandie pour son soutien via le LPI (Laboratoire partenaire international), ainsi qu’au service financier de l’UFR des Sciences, dont l’accompagnement a rendu cette mission possible.

Prochaine étape : la partie 2 des expériences aura lieu à Caen en mars 2026, pour continuer l’étude de la dégradation des pergélisols en canal à houle.

  1. Le pergélisol (ou sol gelé en permanence) désigne un sol qui reste gelé pendant au moins deux années consécutives. ↩︎
  2. Les semelles réfrigérantes sont des dispositifs utilisés pour maintenir une température basse dans un bloc de matériau, ici dans les blocs de pergélisol, afin de limiter la fonte et la dégradation pendant les expériences. ↩︎
  3. Les i‑buttons sont de petits capteurs électroniques autonomes utilisés pour mesurer la température (et parfois l’humidité ou d’autres paramètres) dans un environnement précis. ↩︎